Carrière - Mentorat — Aidez-vous les unes les autres.

Article de revue de 7 pages, Châtelaine, Mai 1999, p. 72 et suivantes by Véronique Robert

" N’hésitez pas à téléphoner à une femme que vous admirez " recommande l’une des mentors interviewées. À 22 ans, Édith Germain a contacté sa députée fédérale à propos d’une bourse qui lui était refusée pour ses études. Bien qu’elle n’ait pas reçu la bourse en fin de compte, Mme Germain y a gagné une confiance inébranlable. La première porte à laquelle elle a frappé s’est ouverte, et cela n’a pas de prix.

Selon Renée Houde, professeure en communications, la société a un besoin urgent de mentors, surtout chez les femmes qui ont moins de modèles dans leur entourage. Les familles éclatées et la mobilité accrue des travailleurs limitent les ponts entre les générations et le transfert des connaissances. D’où le regain d’intérêt du mentorat chez les francophones, car dans les milieux anglophones, il s’agit d’une tradition bien établie.

Les bons mentors doivent être ouverts d’esprit, matures et savoir s’intéresser et à la carrière et à la vie personnelle de leurs protégés. Les mentors étant bénévoles, ils doivent avoir envie de partager leurs connaissances et savoir écouter et aider. Les femmes faisant appel à des mentors s’identifient davantage à une femme, surtout lorsqu’il est question de concilier carrière et famille.

Être mentor ne signifie pas donner des recettes pour occuper des postes précis. Il s’agit d’aider la personne à préciser ses aspirations, à voir ses forces et à faire des choix. Les femmes ont davantage besoin qu’on les aide à prendre conscience de leur valeur. D’ailleurs, les mentors sont particulièrement utiles durant les périodes de transition (réorientations de carrière, etc.) en aidant leurs protégés à dégager les options qui s’offrent à eux.

Selon une mentor, la relation de mentorat est une formule gagnante, mais pas magique. La protégée doit voir dans son mentor un modèle et éprouver de l’admiration à son égard. Ainsi une avocate appréciait le fait que son mentor ait fait carrière en droit et en politique tout en élevant trois enfants. Selon elle, on devrait avoir au moins deux mentors: une pour l’approche globale de l’existence et l’autre pour la carrière.

Il y a plusieurs types de mentorat. Ainsi, les mentors traditionnels se rencontrent par hasard et à l’extérieur du milieu de travail. Il existe aussi des programmes formels de mentorat qui répondent aux besoins des milieux de travail et d’enseignement. Pour réussir, ces derniers doivent respecter des critères de sélection des protégés et mentors potentiels, favoriser un jumelage fécond et comprendre un suivi. Les mentors eux-mêmes ont besoin d’être formés et encadrés.

Dans certains programmes, les mentors doivent suivre une formation en même temps que les protégés. Cela peut représenter deux jours par mois, en plus des rencontres individuelles, une charge de travail importante, surtout chez les non salariés. Par contre, les mentors y gagnent en satisfaction morale de voir leurs jeunes protégés réussir, et développent leur propre réseau en rencontrant d’autres mentors et protégés. Il est gratifiant de prendre part à l’apprentissage d’autres personnes, d’être en contact avec les jeunes et de prendre soin de la génération montante. L’article explore aussi les liens affectifs qui se tissent entre intervenants.

Les femmes sont plus nombreuses que les hommes à vouloir se faire protégés mais beaucoup moins nombreuses (seulement 30 % dans un programme de jumelage diplômés et étudiants d’université) à se proposer comme mentors. Mais la situation pourrait s’améliorer étant donné que les femmes qui ont bénéficié de l’aide d’un(e) mentor sont plus susceptibles de devenir mentor à leur tour.

Encadré " Où trouver un mentor ? "

Le mentorat informel n’est pas nouveau au sein de l’entreprise, mais, par le passé, il a surtout profité aux hommes. Des entreprises, comme la Banque royale, entendent mettre sur pied des programmes structurés car en général les programmes taillés sur mesure — jumelage avec un employé d’expérience — donnent de meilleurs résultats que les programmes de formation standard. Pourtant, c’est dans les réseaux et les associations que les programmes de mentorat sont les plus nombreux. Ainsi les programmes de l’Association du Jeune Barreau et ceux de certaines commissions scolaires qui tentent de faire obstacle au décrochage chez les jeunes. Le comité Femmes et politique municipale regroupe des élues municipales d’Estrie où le nombre de mairesses a doublé récemment. Mais le domaine où l’on fait le plus appel au mentorat reste le monde des affaires. Par exemple, le Réseau des femmes d’affaires du Québec offre deux cours "Femmes vers le sommet" ou "Femmes vers l’entrepreneurship" dans le cadre desquels les participantes se voient attribuer un mentor féminin, une relation couronnée de succès dans 95 % des cas!